près de Bordeaux, le métier rare et précieux de peintre en lettres

Le monument aux morts de Bonnetan dont Jean Bataille vient de refaire les lettres.


Le monument aux morts de Bonnetan dont Jean Bataille vient de refaire les lettres.

Y.D.

Son atelier est à quelques kilomètres de là, en fond de parcelle d’une rue calme de Pompignac. Des établis, des panneaux, des plaques, des tasseaux, des moulures, de la peinture et des pinceaux. L’antre de Jean Bataille depuis plus de vingt ans, quand ses frères Bernard et Michel ont pris leur retraite. Les trois avaient emboîté le pas du père qui avait appris le savoir-faire de son père, etc. « Je suis la sixième génération de peintre de lettres dans la famille, souligne-t-il. Ma fille enseigne la peinture mais elle ne sera pas la septième : le métier se perd un peu. »

Jean et ses frères Bernard et Michel à l'époque de l'entreprise familiale.


Jean et ses frères Bernard et Michel à l’époque de l’entreprise familiale.

Famille Bataille

Omnibus de 1913

Ils sont encore une grosse soixantaine en France à pratiquer cet artisanat qui mêle peinture et ornementation à l’ancienne. Dans l’atelier, un omnibus Renault de 1913 qu’un collectionneur du Lot lui a confié pour qu’il y peigne sur les portières l’inscription « Périgord, Quercy et au-delà… » Sur une table, des plaques d’immatriculation en cuir pour des « tacots » époque 1900. Sur le grand établi, deux pièces aux moulures encadrant deux stations du Chemin de croix. Les 12 autres sont encore dans l’église de Tresses. « Le prêtre Bertrand Catala m’a demandé de les restaurer, explique l’artisan. Je vais y déposer une couleur ivoire. » Une semaine de travail pour chacun.

Un omnibus de 1913 sur lequel l'artisan va peindre.


Un omnibus de 1913 sur lequel l’artisan va peindre.

Y.D.

Une des 14 stations du Chemin de croix de l'église de Tresses à restaurer.


Une des 14 stations du Chemin de croix de l’église de Tresses à restaurer.

Y.D.

« Mes clients sont ceux qui aiment le travail à l’ancienne, reprendre-t-il. Celui qui dure. » D’une façade de bar-restaurant (la Maison nouvelle de Philippe Etchebest à Bordeaux, c’est lui) à une cuve d’un prestigieux domaine viticole, en passant par le pignon de nombreuses maisons de particuliers, sur le bassin d’Arcachon notamment, les lettres de Jean Bataille sont (re)connues. Et ces monuments aux morts, de Fargues-Saint-Hilaire, Pompignac ou Captieux. « À Captieux, c’est un souvenir fort avec de nombreux disparus : les passants me racontent régulièrement l’histoire de leur aïeul. »

Juvaquatre et canotier

L’autre volet non négligeable de son activité concerne la décoration intérieure, de faux ciels au plafond, de stucs antiques en trompe-l’œil, l’artiste Mucha en référence. L’homme cultive la nostalgie, circulant en Juvaquatre avec les vieilles échelles du paternel sur le toit, coiffé d’un canotier. Et sur chaque chantier, attire l’attention et le sourire. L’adhésif, l’acrylique et les commandes industrielles sur Internet sont là, mais cet artisanat résiste chez les férus du souvenir et du patrimoine.

« Je suis la sixième génération de peintre de lettres dans la famille. Ma fille enseigne la peinture mais elle ne sera pas la septième : le métier se perd un peu »